Quand on sait développer un peu, on a un avantage assez sympa : on peut fabriquer le petit outil qu’on aimerait trouver chez les autres.
Un calculateur, un générateur, un truc qui nettoie un fichier ou transforme une corvée de vingt minutes en trois clics.
Le piège, c’est qu’on peut aussi passer son week-end à le construire, le mettre en ligne le dimanche soir… et constater le lundi que personne ne l’utilise.
On a maintenant un outil gratuit. Et toujours le même problème de trafic.
Avant d’ouvrir votre éditeur de code, il y a donc une question qui mérite quelques minutes : qui cet outil va-t-il attirer, et pourquoi cette personne voudrait-elle ensuite entendre parler de ce que vous vendez ?
Parce que le nombre d’utilisateurs peut être assez flatteur. Mais si vous attirez des gens qui n’auront jamais besoin de vos produits, vous venez surtout de vous créer un petit boulot de maintenance.
Le bon outil commence près de ce que vous vendez
Prenons mon cas.
J’écris sur les produits, le trafic et la conversion. Mon objectif est de faire découvrir ma newsletter à des entrepreneurs qui veulent améliorer leur business.
Je pourrais fabriquer un générateur de pseudos pour joueurs. Techniquement, ça pourrait m’amuser. Et il y aurait peut-être des gens pour s’en servir.
Mais le rapport avec ma newsletter serait assez lointain.
En revanche, un petit outil qui aide un indépendant à vérifier si son devis lui laisse une marge correcte serait beaucoup plus proche de ce dont je parle.
La personne arrive avec un problème concret : elle veut savoir combien lui rapporte réellement sa prestation. Une fois le calcul effectué, on peut naturellement discuter de prix, d’offre, de temps passé ou de vente.
On n’a pas besoin de lui faire traverser la moitié d’Internet pour justifier la suite.
Votre outil doit résoudre un petit problème que rencontrent les personnes auxquelles vous voulez vendre.
Le mot « petit » compte. Il vous évitera de développer un logiciel de comptabilité alors qu’un calculateur aurait suffi.
Cherchez la tâche pénible juste avant votre produit
Pour trouver une idée, regardez ce que vos clients essaient de faire avant d’avoir besoin de votre solution.
Avant de lancer une campagne email, ils doivent peut-être nettoyer un fichier.
Avant de fixer un prix, ils essaient de comprendre leurs coûts.
Avant de refaire une page de vente, ils se demandent où les visiteurs abandonnent.
Avant de travailler leur référencement, ils ouvrent un export Search Console et se retrouvent devant des centaines de lignes sans savoir par lesquelles commencer.
Il y a souvent quelque chose à simplifier à cet endroit.
Voici quelques exemples :
| Ce que vous vendez | Le mini-outil gratuit à envisager |
|---|---|
| Une méthode pour fixer ses tarifs | Un calculateur de rentabilité d’une prestation |
| Un accompagnement SEO | Un outil qui trie un export Search Console selon des critères expliqués |
| Un logiciel de suivi marketing | Un générateur de liens UTM avec une convention de nommage cohérente |
| Une formation à la vente par email | Un outil pour préparer et organiser ses prochains sujets d’emails |
| Une prestation de création de sites | Un vérificateur de liens cassés sur une page |
Ce sont des pistes, pas une liste de produits à développer cette semaine.
Pour choisir, je regarderais d’abord les questions qu’on vous pose déjà. Si vous avez expliqué quatre fois comment faire la même manipulation, vous avez probablement une meilleure piste qu’en demandant à une IA cinquante idées de SaaS.
Un résultat précis vaut mieux qu’une promesse énorme
Imaginons qu’on parte sur le calculateur de rentabilité d’une prestation.
La première version pourrait demander :
- Le montant facturé hors taxes.
- Les coûts directement liés à la mission.
- Le nombre d’heures prévues.
- Le nombre d’heures finalement passées.
Elle afficherait le montant restant après ces coûts, rapporté au temps consacré à la mission. Avec une explication claire : ce montant doit encore couvrir les autres charges de l’activité.
L’outil gratuit n’est pas une fin
J’ai construit des modules d’analytics, de mailing et de SEO. Leur valeur n’apparaît pas lorsqu’on promet une interface de plus, mais quand un indépendant obtient une réponse à une question qui lui coûtait du temps. Un outil gratuit devrait produire un résultat immédiatement compréhensible. La suite payante ne devient pertinente que si l’utilisateur rencontre naturellement le problème suivant.
Rien de révolutionnaire.
Mais pour quelqu’un qui a vendu une mission 600 € en pensant y passer une journée, puis y a consacré trois jours, le résultat peut être très parlant. Pour aller plus loin sur ce point, je détaille comment créer un produit qui se vend sans forcer.
Vous pourriez ensuite lui permettre de modifier le prix ou le temps passé pour voir ce qui change.
Et là, il utilise vraiment l’outil. Il essaie 750 €, puis 900 €. Il regarde ce qui se passerait en supprimant deux heures de retouches.
On est déjà loin du PDF téléchargé et oublié dans un dossier.
Vous n’avez pourtant eu besoin ni d’intelligence artificielle, ni d’espace membre, ni d’un abonnement à une API.
Ne transformez pas ça en chantier de six semaines
C’est la partie où je dois me méfier de moi-même.
Quand on aime bidouiller, on trouve assez facilement une raison d’ajouter une fonction.
Le calculateur pourrait sauvegarder les devis. Puis les comparer. Puis générer un PDF. Et tant qu’on y est, pourquoi ne pas ajouter les factures ?
Vous étiez parti pour attirer des lecteurs. Vous êtes en train de refaire un logiciel de gestion.
Pour une première version, je garderais une seule situation d’usage, quelques champs et un résultat immédiatement compréhensible.
Ensuite, je la montrerais à des personnes concernées.
Pas pour leur demander si elles trouvent ça « sympa ». Elles trouveront probablement ça sympa.
Je voudrais surtout voir si elles comprennent quoi saisir, si le résultat leur apprend quelque chose et si elles savent quoi faire après.
Si vous devez commenter chaque écran pour qu’elles y arrivent, il reste du travail. Et ce travail est probablement plus utile que l’ajout d’une nouvelle fonction.
Faut-il demander l’email avant d’afficher le résultat ?
Pour une première version, je laisserais utiliser l’outil et voir son résultat sans inscription.
C’est mon point de départ, pas une règle universelle.
La personne ne vous connaît pas forcément. Elle arrive parce que vous lui avez promis de l’aider à faire quelque chose. Laissez-lui d’abord constater que votre truc fonctionne.
Ensuite, proposez une suite en rapport avec ce qu’elle vient de découvrir.
Sous notre calculateur, on pourrait par exemple écrire :
Votre tarif laisse moins de marge que prévu ? Je partage chaque matin une idée concrète pour mieux construire vos offres, les vendre et éviter de travailler davantage pour gagner moins. Vous pouvez recevoir les prochains emails ici.
L’inscription prolonge l’utilisation de l’outil.
Vous pouvez aussi proposer un document complémentaire : une grille pour préparer le prochain devis, par exemple. Mais il faut alors le créer et expliquer clairement ce que la personne recevra, notamment si elle s’abonne aussi à votre newsletter.
Évitez surtout de cacher un résultat banal derrière trois écrans et un formulaire. Vous voulez donner envie de vous lire demain. Autant commencer par tenir la promesse faite aujourd’hui.
Votre outil a besoin de ses premières visites
Le mettre en ligne ne règle pas sa distribution.
Commencez par les endroits où le problème est déjà évoqué.
Si vous avez un article sur les tarifs, intégrez-y le calculateur au moment où le lecteur en a besoin. Montrez un exemple dans votre newsletter. Faites une courte démonstration à l’écran avec des chiffres explicitement fictifs ou un cas réel que vous pouvez partager.
Vous pouvez aussi répondre à une question sur un forum ou dans un groupe, en apportant d’abord une réponse utile. Si votre outil permet à la personne de faire son propre calcul et que les règles du groupe le permettent, le lien a une raison d’être là.
Une autre piste consiste à contacter quelques personnes qui ont déjà publié une ressource sur le sujet. Montrez-leur précisément ce que votre outil ajouterait pour leurs lecteurs, sans envoyer le même message à deux cents sites.
Au départ, je chercherais surtout à observer les premières utilisations. Une poignée de personnes concernées peut déjà révéler un champ incompréhensible ou une promesse mal formulée.
Mesurez ce qui se passe après l’arrivée
Un outil peut recevoir des visites sans être utilisé.
Il peut être utilisé sans donner envie de s’inscrire.
Et il peut récolter des adresses de personnes qui ne liront jamais vos emails.
Je suivrais donc quelques étapes simples : les visites de la page, les résultats effectivement générés, les clics vers l’inscription et les inscriptions confirmées.
Puis, avec un peu de recul, je regarderais ce que deviennent ces abonnés : est-ce qu’ils cliquent dans les emails, répondent, s’intéressent aux offres ?
Imaginons que cent personnes arrivent sur votre outil, que soixante l’utilisent et que personne ne clique vers la newsletter. Ces chiffres fictifs ne donnent pas automatiquement la cause, mais ils orientent la prochaine vérification : la proposition de suite est-elle visible et suffisamment liée au besoin ?
À l’inverse, si presque personne n’arrive jusqu’au résultat, retravailler le texte d’inscription risque de vous occuper pour pas grand-chose.
L’intérêt de mesurer ces étapes, c’est de savoir quelle partie bricoler ensuite.
Commencez par le truc que vous pourriez montrer demain
Cherchez une opération que votre futur client fait encore péniblement, ou un calcul qu’il repousse parce qu’il ne sait pas comment s’y prendre.
Fabriquez la version la plus courte qui donne un résultat utile. Montrez-la. Regardez où les gens bloquent. Puis proposez une suite cohérente.
Vous découvrirez peut-être que le petit outil mérite d’être développé davantage. Ou qu’il fait parfaitement son travail avec quatre champs et un bouton.
Personnellement, j’aime bien cette deuxième possibilité.
Si vous aimez aussi chercher des façons simples de transformer une compétence, un bout de code ou une idée en opportunité commerciale, j’en parle dans ma newsletter quotidienne. Vous pouvez vous y inscrire pour recevoir les prochaines idées à essayer.